Caminantes – musique et marche

Du 05 au 31 Juillet 2021 Le Parc Naturel Régional du Pilat et l’association ‘Ceci n’est pas une usine’ à Saint-Julien-Molin-Molette, nous accueillent pour une résidence et des rencontres musicales autour du Chemin de Compostelle. Ateliers de prise de son, stage pour les instrumentistes (vents et cuivres), visites d’atelier, marche-concerts participatifs sont proposés dans un programme inspiré par le chemin de Saint-Jacques, les récits de pèlerins et les pratiques musicales en plein air. 

L’aboutissement de ces événements sera la performance de Caminantes le 31 juillet de 2021 sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle (depuis Saint-Sauveur-en-Rue). Caminantes est avant tout une expérience croisée, et présente la marche comme cohabitation musicale, une écoute de la parole de marcheurs et de sa cadence rythmique ainsi que l’écoute et le jeu en mouvement sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle.

Illustration : Pedro Zaidler

AU PROGRAMME

Du 6 au 11 juillet : Ateliers de prise de son

Plusieurs ateliers seront proposés pour s’initier à la prise de son et à l’art sonore. Les participants feront l’expérience de l’enregistrement de sons de la nature et de voix humaines. Ils participeront à la création sonore et concert du 31 juillet avec un ensemble de musiciens et de marcheurs.

Séance de 2h du mercredi 07 au samedi 10 juillet
Communes : Bessey, Bourg-Argental, St-Julien-Molin-Molette et St-Sauveur-en-rue
10 personnes par séance
Journée du 8 juillet réservée aux jeunes de l’Espace Déôme

Du 12 au 18 juillet : Édition et création sonore

En partenariat avec l’association « Ceci n’est pas une usine », Michelle Agnes Magalhaes réalisera une création à partir des enregistrements.
Possibilité d’échanger avec l’artiste au cours de la semaine (sur rendez-vous).

Du 19 au 25 juillet : Diffusion et composition d’une carte-partition

En partenariat avec Radio d’ici, l’artiste réalisera une émission pour présenter le processus de création de la résidence et diffuser des extraits sonores.
En collaboration avec la plasticienne Gisèle Jacquemet, l’artiste réalisera une « carte-partition ».

Du 26 au 31 juillet : Stage d’interprétation, improvisation et composition pour les musiciens pilatois

Ouvert à tous les instrumentistes ayant une pratique d’instruments à vent / cuivres de tous niveaux à partir de 12 ans, cette rencontre sera l’opportunité de découvrir des musiques, des musiciens et des pratiques.
Entourés par la forêt et en suivant le chemin de Compostelle, les musiciens pourront approfondir leur pratique musicale guidés par la compositrice Michelle Agnes Magalhaes et le saxophoniste Joshua Hyde.
L’inscription gratuite sera libre pour les amateurs et les jeunes instrumentistes et sur sélection pour les musiciens pré-professionnels et professionnels.
Le stage se terminera par la participation au concert itinérant, marche sonore organisé sur le chemin de Saint-Jacques samedi 31 juillet au départ du camping de Saint-Sauveur-en-rue.

Marche sonore : samedi 31 juillet

Programme de la journée à venir

Appel à participation pour les musiciens (instruments à vent et cuivres)

Programmation complète de la résidence

Hauteurs

Si l’on peut sauter, pourquoi marcher ? Courir

Gamme ascendente

Tomber dans les abysses du grave

Vibration lente,

Espace incommensurable

La pratique instrumentale est celle d’un athlète de haut niveau.

Concernant les sauts ? Cela n’est donc pas une métaphore.

Carte-Partition (Michelle Agnes Magalhaes, Orgue)

Chasseurs de son – atelier et interview avec les membres de l’association

Un atelier de prise de son a été proposé aux enfants de la classe de CM1 de l’école Saint-Dominique et du Collège Laurent Eynac le Monastier-sur-Gazeille. Ils ont pu s’initier aux concepts basiques et réaliser des prises de son avec des enregistreurs nomades.

Les enfants ont participé à deux propositions:

  1. enregistrement d’un parcours sonore avec des instruments de percussion;
  2. interview mené par les enfants avec quinze membres de l’association La Transcévenole.

A partir de réponses aux questions, l’histoire de la Transcévenole commence à se dessiner. Curieux et attentifs, après les questions sur la voie, les enfants ont dirigé l’interview de sorte à faire un petit portrait des membres de l’association, à travers leurs habitudes, passions et modes de vie.  

Arche de la Recoumène, Musée de la Transcévenole

Fragments d’interview

01) Introduction

02) La construction de la Transcévenole

03) Géographie

03) Membres de l’Association, elements biographiques

04) L’association

Fontfreyde (Musée de la Transcévenole)

Participants 

Membres de l’association la Transcévenole : Marc Rey, Simon Rey, Violette Meneu, JJ Peiro, Nina Talgan, Eliette Exbrayat-Bertrand, Michel Chapuis, Michel Girard, Jeanine Maurin, Jacque Ickowicz, Odile Ickowics, Patrick Mauté, André Roche, Jean-Pierre Bonhomme, Jean Pierre Vaggiani

Enfants : Cerise Abdaoui, Lou Crespy, Lilou Crespe, Héloïse Rabbier, Esteban Machabert, Salomé Chamboredon, Séraphine Siret-Delson, Gabin Valette, Medhy Laabig, Augustin Giraud (Classe de CM1, Ecole Elémentaire Saint-Dominique et Classe de CM1, Collège Laurent Eynac)

Improvisation à Saint-Chauffre

Dans notre culture, nous avons l’habitude de penser l’improvisation et la composition comme deux pôles séparés, opposés. Certes ces deux processus peuvent se rejoindre ou s’éloigner, c’est tout d’abord une question de vitesse et d’échelle.

Dans la composition on passe énormément de temps à attendre. En silence ou avec des sons dans «la tête». Un grand exercice de lenteur, entre les moments de la main patiente qui dessine et le moment de «l’apparition» : la gaité du corps qui trouve une idée.

Un processus étiré sans début ni fin. Il est impossible de dire quand est-ce que le processus de composition a commencé. La partition le rend visible, condense tous ces différents moments : couches temporels, pauses entre nuits et jours, respiration, le temps d’un repas.

Improvisation à l’Abbatiale de Saint-Chauffre avec Alban Sarron (trompette), Yann Paulet (Saxophone) et Mary Lucken (voix) – video de Michèle Blumental, MB Studio

La partition offre un dédoublement de l’ordre du visuel que le son ne peut pas offrir car il est tellement proche que son et oreille ne font qu’un.

Improviser c’est se donner tout entier à un instant.

Avant même de commencer nous nous approchons de la fin.

Écoute et action condensées dans un processus foudroyant, électrisant et instantané. 

Improvisation à l’Abbatiale de Saint-Chauffre avec Alban Sarron (trompette), Yann Paulet (Saxophone) et Mary Lucken (voix)

Cette improvisation marque aussi une rencontre avec Yann Paulet saxophoniste du groupe NMB afrobeats, Mary Lucken chanteuse et comédienne, Alban Sarron trompetiste de Ziveli Orkestar et spécialiste de la musique des Balkans. Michèle Blumental video artiste nous a rejoint pour une expérience audiovisuelle.

Mélodie sur le chemin – Les Couteaux – Lantriac

Yann Paulet : Improvisation sur partition graphique (Mélodie sur le chemin Les Couteaux – Lantriac)

Nous tenons à remercier sincèrement le Maire Michel Arcis pour son soutien au projet. 

Panorama

Vue d’ensemble qui nous guide à percevoir

Ecrire une partition demande une clarté, une vision global Horizon où se repose les yeux du musicien

qui lui effleure ses mémoires sensorielles

focus

concentration – relaxation

Jouet de déjouer le moi

Vue Panoramique de Saint-Hilaire du Touvet (Syndicat d’Initiative de Saint-Hilaire du Touvet)-partition
Lighter than air pour quatuor à cordes, fragment de partition (Michelle Agnes Magalhaes)

RDV avec l’orgue de l’Abbatiale Saint-Chauffre

J’ai approché, dans ma vie de pianiste, une grande variété d’instruments à touches (pianos de différentes époques, clavecins, épinettes, toypianos, celesta, orgues, synthés,…). Des instruments tous différents par leur mode de production, qui me semblaient tous familier au toucher. Une même catégorie d’instruments peut être très variée.

Une délicieuse surprise m’attendait au Monastier : la rencontre avec l’orgue de l’Abbatiale Saint Chauffre. Un des orgues les plus anciens de France, selon une inscription présente dans son corps :  « l’an 1518 furent fête ces orgues par frère Lancelot Pascal… »

Un instrument qui habite dans un lieu public (théâtre, école, église), appartient à tous et à personne. Parfois, ces instruments sont très demandés et sollicités, tandis que d’autres attendent dans leur solitude. Ils attendent leur auditeur, leurs instrumentistes.Après avoir reçu la clé de la porte qui donne accès à l’orgue, j’arrive sur la place derrière l’église. Premier défi : trouver le passage secret qui donne accès à l’instrument. La petite porte qui se trouve derrière l’église, nous mène à un petit couloir. Ensuite, une deuxième porte qui est ouverte révèle l’énorme mécanisme qui nourrit l’orgue. Les deux soufflets ressemblent à deux énormes livres ou deux poumons. Un bouton met un route un système électrique qui remplace la performance athlétique d’un assistant pour lever les soufflets.

 Soufflets de l’orgue de l’Abbatiale Saint-Chauffre, Monastier-sur-Gazeille

Assise devant les claviers de cet instrument monumental, je me prépare pour commencer à jouer. Le rythme de la machinerie et des soufflets en arrière plan, le premier son défile. Je m’attendais à la voix de dieu et, en essayant quelques réglages, un sifflet de locomotive se fait entendre. Le lien avec le train imaginaire à la recherche de sa voie (la Transcévenole) était évident ! 

 Orgue-Locomotive (Michelle Agnes Magalhaes)

Je tiens à remercier Michel Arcis, Laure Ferret, Cécile Bonhomme, Annie et Patrick Mauté d’avoir rendu possible cet enregistrement.

 

La Transcévenole, sujet d’improvisation musicale

L’inachevé, cet espace qui offre à l’imaginaire, la possibilité de remplir les lacunes.

En arrivant aux Monts d’Ardèche, la vue sur le viaduc de la Recoumène fascine et émerveille. Ce pont fait partie de la Transcévenole, une voie ferrée qui devait relier le Puy (Haut-Loire) à Aubenas (Ardèche). Notre résidence aux Monts-Ardèche a été conçue comme un hommage à cette ligne, qui offre aujourd’hui aux randonneurs et marcheurs, un parcours de 26 km d’une beauté exceptionnelle.  

Pendant les trajets journaliers entre le Moudeyres, Monastier et Laussone, à chaque apparition de la Recoumène, j’était surprise avant d’être prisepar la contemplation esthétique. Ce pont ferré n’a jamais vu passer un train, sa vraie destinée : être exposée dans un musée a ciel ouvert, se montrant à nous tous pour notre simple plaisir.

Comme instrumentiste, il arrive que l’on nous donne des thèmes musicaux pour improviser. Il s’agit d’un jeu qui peut être très amusant, de créer des variations plus ou moins éloignées du thème original. Il peut aussi être vécu comme un défi, jusqu’à où peut aller l’imaginaire à partir d’un élément reconnaissable. Mon thème était clair, même si au début je ne savais pas encore sous quelle forme il allait se transformer en musique.

Pour plus d’information à propos de la Transcévenole et les deux marches annuelles ici.

Viaduc fini avec route, image d’archive, Musée de la Transcévenole

Carte-Partition

Au premier contact – l’œil Terre inconnue

Puis viennent les sons – Expérience du toucher

Déchiffrer une pièce inconnue :

Se laisser guider

Se surprendre par une succession de sons inattendus, un soubresaut 

La déballer, la laisser se former

Une partition n’est pas un livre

On n’arrive jamais à la fin

Sur le pupitre, à coté de l’instrument

Le bonheur de retrouver

La musique que le corps a dans sa tête (Burrows)

A chaque reprise qui n’est jamais la même

L’œil atterrit dans la partition où le doigt ne se souvient plus

Couverte de doigts et de doigtés

Espaces blancs et annotés

Parcours des points, lignes de respirations, Aide-mémoire

Ancrage

Carte-partition

Chemin de fer, chemins du vent

En arrivant au Monastier, j’ai demandé à Emilie Anthouart, directrice de l’école de musique intercomunale Cornélie Falcon, si son vécu aux Monts d’Ardèche lui faisait penser à un son en particulier. Après un instant de silence, elle a fermé ses yeux et sans hésiter elle a évoqué le sifflement du vent. Ce sifflement que l’on entend partout dans la région, qui perce les montagnes, un pavillon naturel dans lequel se propage le souffle.

Emilie Anthouard, Fragment d’interview, février 2020
Le son du vent au Monastier

Emilie est clarinettiste et, comme une grande partie des musiciens de la région, passionnée par les instruments à vent. Pour elle, la musique, dans cette ville où le vent chante en soufflant, est une expression de liberté : jouée en plein air, joyeuse, transmise de génération en génération par les musiciens de son école, collective à travers de nombreux ensembles à vent, fanfares, solos, formations inusités, orchestre d’harmonie. 

Pour plus d’informations : Site et présentation de l’École de Musique Cornélie Falcon

Elèves de l’école de Musique Cornélie Falcon

Calcul de la flexion des voûtes, projet de construction de la Transcévenole (Musée de la Transcévenole)
Vue du Viaduc, Musée de la Transcévenole

Des mots sur la partition

La nature performative de la musique fait en sorte que l’expérience auditive, physique et mnémonique, soit imprégnée dans sa notation.  Elle rassemble ces perceptions en excitant l’oreille interne (faculté d’imaginer des sons et de les « écouter » dans un chant intérieur). La partition est un support riche qui ne remplace toutefois pas la transmission orale et l’apprentissage auditif de la musique.

La notation musicale est née du besoin de mémorisation, lien entre dessin et mémoire, main et oreille. Elle ouvre la perspective de travail à long terme, laisse de la place à l’imagination du son. Pendant que la perception flotte dans le flux du changement, de nouvelles couches viennent s’ajouter au cahier d’esquisses, lui apportant la saveur d’expériences vécues en ce moment.

Le déchiffrage d’une partition est rarement silencieux ou immobile. Les doigts du pianiste cherchent l’accord dans l’air, l’expérience du temps est simulée dans la respiration qui s’ajuste au phrasé, le sens de la pulsation prend corps, petits bruits, grognements, onomatopées. Apprendre une nouvelle pièce passe par l’intégration de l’imagination sonore et du mouvement, un vrai processus d’appropriation.

Regarder une partition : lecture qui fait vibrer le corps, reflet des innombrables heures de pratique. Musique inscrite.

La partition offre une vue globale de la musique en même temps qu’elle aide à clarifier le détail. Elle établit des balises pour la définition du mouvement : notes, descriptions sonores, indications sur les modes de jeux et la partie de l’instrument qui va être touché, etc. En cherchant le son, le musicien trouve son geste.

Chemin-Partition (Michelle Agnes Magalhaes)